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L'actualité du capital social, de la vie en société et des options de société.

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Secret bancaire Economie, Politique - 18-03-2009 - TSCF

 Fuite en avant et fausses solutions

1) Prompte à dénoncer l’Allemagne qui avait acheté des listes de clients à un informaticien de la banque LGT - son président Pierre Mirabaud avait même parlé de «Gestapo» avant de se rétracter - l’Association Suisse des Banques (ASB) reste silencieuse quand les Etats-Unis promulguent, en 2007, une loi récompensant financièrement la délation fiscale (LT du 1.07.2008). Elle ne réagit pas davantage quand le rapport de la sous-commission du Sénat (des E.U.) révèle que plus de 500 voyageurs suisses ont été suivis à la trace par le Département de la sécurité intérieure pour repérer des banquiers visitant leurs clients. (Le Temps 19/07/2008)

2) Une déclaration diffusée jeudi matin par le petit Etat du Liechtenstein a déclenché une cascade de réactions à travers toute l’Europe. Le gouvernement de la principauté reconnaîtra les normes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière de transparence et d’échange d’informations en lien avec la fiscalité. «Coopération», «transparence» et «échange d’informations» ont été les maîtres mots de la conférence de presse qui s’est tenue jeudi à Vaduz. Mis sous pression depuis plusieurs années, le minuscule Etat confiné entre l’est de la Suisse et la frontière autrichienne figure sur la liste noire des pays «non coopératifs» de l’OCDE depuis 2000. L’an dernier, le scandale financier impliquant plusieurs dirigeants allemands a encore accru la pression sur la principauté. Concrètement, le gouvernement du Liechtenstein propose aux Etats intéressés de conclure des accords bilatéraux de coopération portant sur les cas de fraude mais aussi d’évasion fiscale. (…) Qu’espère le Liechtenstein en échange des concessions offertes? En se conformant aux normes de l’OCDE, la principauté veut assurer la sécurité juridique de sa place financière, tout en préservant la protection de la sphère privée et du secret bancaire. (Le Temps, 13/03/2009). 
 

Bref… la pression d’abord exercée par l’Etat allemand sur le Lichtenstein est maintenant étendue à tous les Etats européens offrant le secret bancaire. D’autres Etats, dont l’Etat français, se sont joints entretemps à cette nouvelle croisade. Que s’est-il passé ? En Europe, aux Etats-Unis, des gouvernements aux abois, confrontés à d’immenses déficits, cherchent à remettre la main sur des sommes qui leur échappent et dont on devine qu’elles sont jugées considérables (d’après une estimation, elles seraient de l’ordre de 10 milliards d’euros annuels pour la seule Belgique).

Il y a une erreur de diagnostic, voulue ou non, sur les causes de la situation présente : les « paradis fiscaux »  ne sont pas responsables de la crise des valeurs financières. N’oublions pas les faits: le krach mondial est, avant tout, dû aux dérapages des marchés hypothécaires américains. L’amalgame entre crise des valeurs bancaires et paradis fiscaux, qui relève d’un populisme d’inspiration médiocre, est en réalité le prétexte à renforcement des contrôles étatiques.

Pour autant, le secret bancaire résulte bien d’un droit qu’ont les personnes et les organisations qui confient leur argent à une banque de voir cette dernière respecter la confidentialité de leurs données - et conserver une parfaite neutralité à l’égard de tout tiers, au lieu de s’inféoder à tel ou tel.  Au nom de quoi ces établissements devraient-ils donner des informations sur leurs clients à un gouvernement quelconque, au surplus étranger ? Le secret bancaire sert depuis toujours à la protection légitime de la sphère privée des citoyens. 

Quant au rôle de l’OCDE dans cette affaire, il ne plaide pas en faveur de cette institution. Se servir de la science économique de façon apparemment neutre, se parer de la légitimité rigoureuse de cette dernière, pour ensuite édicter des "normes" de lutte contre l’évasion fiscale - présentée, sans véritable analyse, comme un fléau économique… - est un comportement qui met en cause le sérieux et l’indépendance de cette institution.

Tout se passe comme si les gouvernements pratiquaient la fuite en avant. Au lieu de chercher à résoudre la crise, ils profitent de cette dernière pour prendre leur revanche des limitations que leur avait imposé le néolibéralisme. Mais cette démarche ne fera pas long feu : les interventions massives des Etats dans le système productif et  la société, dans presque tous les domaines de la vie économique et sociale, ont déjà montré leurs limites comme leurs effets pervers.


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abus   Etat   fiscalité  
Un nouveau paradigme Economie - 12-12-2008 - TSCF

Les limites du capitalisme atlantique

Le ministre communautaire de la Formation, Marc Tarabella, ancien employé de la CGER et de Fortis, a estimé que le rachat de la CGER par Fortis s’est accompagné par un changement de culture. Si l’intérêt du client était privilégié à l’époque de la CGER, c’est l’intérêt de l’actionnaire qui primait à partir du moment où Fortis a pris les commandes, a-t-il déclaré dimanche sur RTL-TVi. "Avant l’intérêt du client était au centre des préoccupations. Depuis qu’il y a eu l’actionnaire privé, l’intérêt c’était l’intérêt de la banque et de l’actionnaire privé avec une rentabilisation à outrance", a dit M. Tarabella, employé de Fortis, actuellement en congé sans solde. "Je pense que l’on vendait dans l’intérêt de la banque alors qu’au départ c’était dans l’intérêt du client. Il y avait des instructions pour placer certains produits plutôt que d’autres", dit M. Tarabella. Il souligne qu’il était réticent à vendre ces produits. "Celui qui ne le faisait pas était moins considéré que celui qui obéissait aux instructions", a ajouté M. Tarabella. La rentabilité à outrance n’a bénéficié qu’à l’actionnaire le plus influent, au détriment des clients et des membres du personnel qui ont vécu une dégradation de leurs conditions de travail, a encore estimé M. Tarabella. Il estime que toutes les banques ont mené cette stratégie. (Belga, 07/12/2008)

Cette interview d’un employé de Fortis… met en lumière de façon intéressante les aspects qui ont conduit à la crise dite financière commencée en 2007– entendons l’effondrement de la valeur boursière des entreprises de l’industrie bancaire, et ses répercussions sur l’ensemble de l’économie.

Car ces nouveaux comportements sont ceux du capitalisme libéral (américain, atlantique) axé sur la rentabilité financière à court terme et le financement boursier de l’économie. Ce que l’on perçoit ici, c’est le déplacement du pouvoir vers l’actionnaire au détriment des autres acteurs de l’entreprise  (clients, fournisseurs, employés), éventuellement au nom d’une nouvelle «bonne gouvernance». On est loin du modèle  toyotiste de la communauté de tous les acteurs intérieurs et extérieurs de l’entreprise. L’accentuation de la recherche de profitabilité conduit à une prise de risque aggravée, puis à la création fictive de valeur.

Déjà, il y a quelques années, l’affaire Enron avait pointé les risques de ce type de fonctionnement, mettant en scène des dirigeants d’entreprise qui étaient en même temps actionnaires, et dont l’intérêt était de manipuler le cours de leur entreprise à la hausse grâce à de fausses informations, complaisamment diffusées par des consultants qui avaient le pouvoir de certifier les comptes. La nouvelle législation américaine, réputée rigoureuse, n’a pas suffi à dissiper la confusion des rôles et à aboutir à un partenariat équilibré des différents acteurs de l’entreprise.

On assiste aujourd’hui, en quelque sorte, à une nouvelle forme d’affaire Enron à l’échelle de toute l’industrie financière. Cette crise risque d’être longue, même s’il peut y avoir des rémissions. Elle risque aussi de s’avérer particulièrement nettoyante et purifiante, car elle met en cause le fonctionnement d’ensemble de ce capitalisme atlantique (libéral), présenté il y a quelques années comme triomphant du capitalisme dit rhénan (communautaire).

Elle peut aussi s’accompagner d’une transformation remarquable des options économiques de notre société, car ce sont les secteurs les plus spéculatifs – finance, immobilier, automobile –  qui souffrent le plus: ceux dont la prospérité était fondée sur la mise en circulation de richesse artificielle grâce au crédit, sur une toile de fond qui est la répartition inégalitaire de la richesse réelle. L’automobile, qui demande aujourd’hui à être aidée, est aussi – est-ce un hasard ? – l’un des secteurs les plus destructeurs de l’environnement, et certainement celui qui encourage le plus les comportements individualistes, agressifs, égocentriques et matérialistes d’identification de soi à l’objet.

Pour autant, cette crise ne signifie pas un retour de l’Etat ou la supériorité d’un capitalisme régulé. Cela ferait sans doute la joie des jacobino-bonapartistes qui verraient ainsi leur blason redoré. Malheureusement pour eux, ce n’est pas le cas. Cette intervention des Etats n’est que du très court  terme. On ne peut qu’approuver ces hommes d’affaires et hommes politiques allemands qui se demandent si ces plans de relance seront réellement efficaces et si les dettes considérables ainsi accumulées pourront être payées, pointant la perte de crédibilité des titres de certains Etats, comme l’Etat italien. En realité, c’est tout un système qui est en train de s’effondrer: à l’effondrement environnemental et à l’effondrement sociétal s’ajoute maintenant l’effondrement économique. 


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Les faux prophètes, dans la finance aussi Economie - 24-11-2008 - TSCF

Ours et taureaux: et pourtant, elle tourne…

 
A l’heure où des milliers de milliards de dollars se sont évaporés à la bourse, les coupables sont montrés du doigt. Les hedge funds, disent certains. Les agences de notation, disent les autres.
 
Mais au banc des accusés figurent aussi les analystes. Vénérés dans les années 90, détestés après l’éclatement de la bulle internet, ils reviennent paradoxalement sur le devant de la scène avec la crise actuelle. Depuis quelques années, l’accès à l’information est devenu plus encadré, en raison de barrières érigées entre les différentes divisions des banques. Les informations fournies aux investisseurs sont soumises à des règles. Elles sont diluées au compte-gouttes lors de réunions entre patrons, investisseurs et analystes, en dehors des publications de résultats. Elles prennent ainsi plus de valeur. Du coup, le changement d’une recommandation par un analyste peut provoquer une réduction de la capitalisation boursière de plusieurs milliards en un jour. Cela s’est produit récemment avec ABB.
 
Dotés d’un immense pouvoir, les analystes se situent au centre de différents intérêts contradictoires. Tout d’abord, ils doivent répondre à la demande des clients. Ils ont parfois des exigences démesurées en termes de rendement. Ensuite, les analystes eux-mêmes doivent prévoir avec justesse l’avenir des entreprises. Cela permet alors aux courtiers de générer des commissions élevées, synonymes pour l’un comme pour l’autre de bonus. Enfin, ces spécialistes doivent aussi maintenir de bons contacts avec la direction des sociétés qu’ils couvrent pour obtenir les informations qui comptent pour leurs prévisions.
 
Or, celles-ci ont été majoritairement fausses. Formules à l’appui, l’immense majorité des analystes ont été aveuglés par quelques belles années de progression boursière. Les prévisions ont été régulièrement revues à la hausse, comme si la croissance était un robinet qui ne cesse de couler. (Le Temps, 18/11/2008) 
 
La finance comportementale apporte un éclairage. Les analystes, tout comme les investisseurs, ont mentalement de la peine à anticiper des scénarios de crise. Une étude de Citigroup démontre qu’ils ont tout particulièrement de la peine à prévoir des retournements de tendance. Ils se trompent en moyenne de 15% sur les résultats en temps normal. Lors de crises, les erreurs atteignent 40%, soit près de trois fois plus. Modèles intellectuels étriqués, basés l’extrapolation de variables dont le comportement est présumé stable?
 
A leur décharge, on notera que lorsqu’ils émettent des recommandations négatives sur les entreprises, il n’est pas rare que leurs dirigeants réagissent en appelant les responsables des banques pour exercer une pression. Il s’ensuit qu’une infime part des analystes sont «bearish» (ours, en français, soit baissiers), au contraire de la majorité des «bullish» (taureaux, ou haussiers).  Et quand bien même un analyste ne se trompe pas, mais émet un avis négatif et contraire à tous ses pairs, il risque de se faire licencier. C’est ce qui était arrivé en juillet 2000. Plus d’une année avant le grounding de Swissair, Christopher Chandiramani, analyste chez Crédit Suisse, anticipait une perte annuelle d’un milliard de francs pour la compagnie aérienne. 
 
On pourrait citer des exemples de paralysie intellectuelle dans d’autres milieux (recherche et université notamment), qui, pourtant, devraient normalement présenter un dosage raisonnable de raison et de créativité. Mais il semble que dans ces milieux le pharisianisme l’emporte : au lieu de donner la parole à des esprits indépendants et originaux, on va créer une clique conservatrice rémunérée pour son suivisme. Gare à celui qui s’éloigne du standard admis, qui dit le contraire de ce que l’établissement veut entendre.  On arrive au résultat suivant: conclusions et prévisions sont dictées par la pression sociale, plus que par une analyse objective des faits. Quand bien même cette dernière serait menée, elle devrait être édulcorée.
 
On voit aujourd’hui les résultats d’un tel fonctionnement. Cette crise est aussi, et peut-être d’abord, une crise de l’innovation.
 
 

(4.5/5 - 19 Votes)
Les remous des subprimes Economie, Politique - 02-10-2008 - TSCF

Crise financière et fatigue intellectuelle en France

Que d’idées simplettes on entend, ces jours-ci en France, sur la crise financière! Journaux et politiciens surenchérissent pour dénoncer «l’absence de régulation», réclamer «le retour de l’Etat» et dénoncer le rôle néfaste des paradis fiscaux. Problème: rien de tout cela ne tient la route. Absence de régulation: que nenni! Le secteur financier est l’un des plus régulés au monde. Le problème n’est pas l’inexistence de régulation, mais sa qualité. Les règles comptables Sarbanes-Oxley, élaborées pour prévenir un nouveau scandale à la Enron, n’ont pas empêché les Américains de se surendetter pour acheter des maisons qui ne valent plus grand-chose aujourd’hui. A part la finance, des secteurs comme l’alimentaire, la chimie, l’énergie ou les travaux publics sont massivement réglementés (…). Il faut avoir lu trop de brochures d’ATTAC, ou de discours de Sarkozy, pour croire que le «marché fou» n’est soumis à aucun contrôle. Le «retour de l’Etat» demandé par Nicolas Sarkozy ou François Hollande est donc une absurdité… car il n’est jamais parti! L’idéologie libérale d’un Reagan ou d’un Balladur ne les a pas empêchés de renflouer des banques en leur temps (Savings and Loans et le Crédit Lyonnais). La question est plutôt de savoir quelle banque sauver, quels requins de la finance laisser couler, et comment prévenir le genre d’accident industriel auquel on assiste aujourd’hui. Et les paradis fiscaux? Leur taper dessus est de bonne guerre, mais des années de travaux par diverses institutions internationales n’ont pas réussi à démontrer qu’ils jouaient un rôle central en cas de crise financière. Les crédits subprime et les banques qui les ont financés ne se trouvent pas au Liechtenstein ou à Monaco mais aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne… ou en France. (Blog « L’Air de Paris » du Journal « Le Temps », 30/09/2008)

On ne peut que souscrire à cette analyse intitulée «Torrent de sottises sur la crise financière ». Le fait est que certains tentent de profiter de la crise de grande ampleur qui a commencé à se développer aux Etats-Unis à partir d’août 2007 en raison d’une surabondance de crédits immobiliers spéculatifs et qui a rebondi en Septembre 2008 aux Etats-Unis encore, mais aussi en Belgique, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Islande, et autres. Pour quoi faire ? Pousser leur fond de commerce qui est l’intervention étatique. Faire oublier leur impuissance à résoudre la crise. Escamoter leurs responsabilités dans son déclenchement. Rassurer de façon à influencer. Obtenir davantage de pouvoir. Des politiciens et bureaucrates de droite comme de gauche se retrouvent pour réclamer avec une belle unité l’extension de leurs prérogatives, et, au surplus, apparaître comme éclairés et progressistes.

C’est oublier que l’économie dite « de marché » de même que l’ensemble de la société, est aujourd’hui massivement réglementée et subrepticement dirigée par les gouvernements. Nous sommes malades de cette intervention permanente. C’est oublier aussi que ce sont souvent les mêmes qui déclenchent les difficultés et qui prétendent les réparer. Ainsi dans le cas de Dexia, l’un des dirigeants de la banque mis en cause et qui a mené une politique d’achat désastreuse sans l’aval des actionnaires de référence était bien le Français Pierre Richard, un polytechnicien lié à la Caisse des Dépôts et Consignations, qui est une émanation de l’Etat français. Et dans le cas du Crédit Lyonnais, le responsable en chef du désastre était bien Jean-Yves Haberer, un apparatchik de l’Inspection des Finances désigné - pour ne pas dire pistonné - par l’Etat français. Quant à ATTAC, son discours n’est que la résurgence d’un vieux schéma jacobin: il "suffirait", pour que tout aille mieux, de réglementer et taxer les mouvements de capitaux, DONC d’instituer un embryon d’Etat international. Bon sang bien sûr…

Ce type d’idées aura toujours plus de facilité à passer dans des circonstances de crise aigüe, où des démagogues se présentent comme des sauveurs grâce aux effets d’une rhétorique volontariste. Il en va ainsi de la vieille idée autoritaire de gouvernement économique de l’Europe, voire de nationalisation des industries-clés (nous sommes sauvés!), ou encore du déchaînement pour raisons fiscales des gouvernements français et allemand à l’encontre de la Suisse et du Luxembourg - une attitude qui ne date pas d’hier et ne s’explique pas par la crise financière, qu’elle prend simplement pour prétexte.

On peut se demander dans quelle mesure la précipitation des gouvernements annonçant des mesures sans cesse plus démesurées n’a pas largement contribué à l’affolement des marchés boursiers.

La question n’est pas de choisir entre le marché libre et le marché régulé. Ce vieux balancement est simpliste. Il nous enferme dans une fausse alternative : soit un faux libéralisme au profit de groupes de privilégiés, soit un faux socialisme à la mode bureaucratique. 

L’économie sociale de marché constitue une troisième voie. Elle consiste à élever le niveau de capital social de façon à rendre possible une autorégulation croissante des acteurs socioéconomiques.


(4.2/5 - 19 Votes)
Crise des subprimes Economie - 13-06-2008 - TSCF

Economie et agenda politique

Le prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz juge que "la crise des subprime n’est pas terminée" aux Etats-Unis et en Europe, et que cette crise est liée à la flambée des prix pétroliers et alimentaires, dans un entretien au journal français Libération samedi. "La crise des subprime", les prêts hypothécaires à risque américains, "n’est pas terminée", affirme M. Stiglitz, expliquant qu’avec la chute du marché immobilier aux Etats-Unis, de plus en plus d’Américains se retrouvent incapables de rembourser leurs prêts hypothécaires, liés à la valeur de leur logement. L’ex-économiste en chef de la Banque mondiale, qui fut également conseiller économique de l’ex-président américain Bill Clinton, ajoute que du côté de l’emploi "il y a moins d’heures de travail sur le marché", un "signe clair que l’économie est malade". Il prévoit aussi qu’en "2008, le déficit américain atteindra "500 milliards de dollars", et que les Etats-Unis n’ont donc "plus les moyens de stimuler l’économie". L’Europe va continuer à pâtir de la crise née aux Etats-Unis car "de nombreuses banques européennes ont acheté ces produits dérivés des subprime et en subissent le contrecoup", et parce que la faiblesse du dollar vis-à-vis de l’euro favorise les exportations américaines aux dépens des européennes. Pour M. Stiglitz, la flambée pétrolière, les émeutes de la faim, la crise financière et les menaces de récession sont "liées". "La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprime, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l’essor des biocarburants, résulte de la crise pétrolière", argumente-t-il. (07/06/2008, L’Echo)

Il est important d’avoir les idées claires sur ce qui se passe actuellement. Les liens établis par M. Stiglitz entre les variables sont un peu étranges, peut-être influencés par l’agenda électoral américain. On ne peut tout imputer à la guerre d’Irak.

 Tout d’abord, la crise pétrolière de 2008 n’est que partiellement liée à la guerre déclenchée en 2003 en Irak. Cette dernière ne serait en fait responsable que de 10 à 20% de la hausse du prix du baril. La crise des sub-primes n’est pas non plus liée directement à la guerre mais au fait que la spéculation s’est emparée du marché immobilier. Dans le contexte des très bas taux d’intérêts déterminés par la Réserve Fédérale pour sortir des conséquences du précédent cycle spéculatif (la « bulle Internet »), il était tentant de proposer du crédit à des ménages peu solvables et il était possible de se payer sur la différence de taux. Les taux de base ont par la suite remonté, et les spéculateurs ont été pris en tenaille.

 C’est dans un contexte de désordres monétaires – baisse implicitement voulue du dollar pour financer les déficits d’Etat américains, effectivement alimentés par les dépenses militaires, hausse relative de l’euro dûe au monétarisme européen – que la Fed a à nouveau baissé ses taux pour soutenir l’économie et éviter une débâcle boursière. Les placements en dollars devenant moins intéressants, les fonds spéculatifs se sont alors emparés des marchés des matières premières – pétrole, or, denrées agricoles – jugés plus lucratifs. Le renchérissement du pétrole a alimenté l’inflation, poussant la BCE à maintenir des taux élevés ce qui orientait l’euro à la hausse, tandis que le dollar continuait de baisser en raison d’anticipations moins positives pour les affaires aux Etats-Unis.

 La demande énergétique croissante de la Chine et les subventions aux biocarburants ont été des facteurs aggravants sur les marchés énergétique et alimentaire, mais ne sont pas la véritable cause de la crise.


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