Le prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz juge que "la crise des subprime n’est pas terminée" aux Etats-Unis et en Europe, et que cette crise est liée à la flambée des prix pétroliers et alimentaires, dans un entretien au journal français Libération samedi. "La crise des subprime", les prêts hypothécaires à risque américains, "n’est pas terminée", affirme M. Stiglitz, expliquant qu’avec la chute du marché immobilier aux Etats-Unis, de plus en plus d’Américains se retrouvent incapables de rembourser leurs prêts hypothécaires, liés à la valeur de leur logement. L’ex-économiste en chef de la Banque mondiale, qui fut également conseiller économique de l’ex-président américain Bill Clinton, ajoute que du côté de l’emploi "il y a moins d’heures de travail sur le marché", un "signe clair que l’économie est malade". Il prévoit aussi qu’en "2008, le déficit américain atteindra "500 milliards de dollars", et que les Etats-Unis n’ont donc "plus les moyens de stimuler l’économie". L’Europe va continuer à pâtir de la crise née aux Etats-Unis car "de nombreuses banques européennes ont acheté ces produits dérivés des subprime et en subissent le contrecoup", et parce que la faiblesse du dollar vis-à-vis de l’euro favorise les exportations américaines aux dépens des européennes. Pour M. Stiglitz, la flambée pétrolière, les émeutes de la faim, la crise financière et les menaces de récession sont "liées". "La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprime, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l’essor des biocarburants, résulte de la crise pétrolière", argumente-t-il. (07/06/2008, L’Echo)
Il est important d’avoir les idées claires sur ce qui se passe actuellement. Les liens établis par M. Stiglitz entre les variables sont un peu étranges, peut-être influencés par l’agenda électoral américain. On ne peut tout imputer à la guerre d’Irak.
Tout d’abord, la crise pétrolière de 2008 n’est que partiellement liée à la guerre déclenchée en 2003 en Irak. Cette dernière ne serait en fait responsable que de 10 à 20% de la hausse du prix du baril. La crise des sub-primes n’est pas non plus liée directement à la guerre mais au fait que la spéculation s’est emparée du marché immobilier. Dans le contexte des très bas taux d’intérêts déterminés par la Réserve Fédérale pour sortir des conséquences du précédent cycle spéculatif (la « bulle Internet »), il était tentant de proposer du crédit à des ménages peu solvables et il était possible de se payer sur la différence de taux. Les taux de base ont par la suite remonté, et les spéculateurs ont été pris en tenaille.
C’est dans un contexte de désordres monétaires – baisse implicitement voulue du dollar pour financer les déficits d’Etat américains, effectivement alimentés par les dépenses militaires, hausse relative de l’euro dûe au monétarisme européen – que la Fed a à nouveau baissé ses taux pour soutenir l’économie et éviter une débâcle boursière. Les placements en dollars devenant moins intéressants, les fonds spéculatifs se sont alors emparés des marchés des matières premières – pétrole, or, denrées agricoles – jugés plus lucratifs. Le renchérissement du pétrole a alimenté l’inflation, poussant la BCE à maintenir des taux élevés ce qui orientait l’euro à la hausse, tandis que le dollar continuait de baisser en raison d’anticipations moins positives pour les affaires aux Etats-Unis.
La demande énergétique croissante de la Chine et les subventions aux biocarburants ont été des facteurs aggravants sur les marchés énergétique et alimentaire, mais ne sont pas la véritable cause de la crise.
1, Les 13 pays de la zone euro émettront cette semaine une pièce de deux euros spéciale à l’occasion du 50e anniversaire de la signature du traité de Rome. Tous les exemplaires sont illustrés avec un livre ouvert sur un fond représentant la place du Capitole, à Rome, et portent la mention "traité de Rome" dans l’idiome du pays. La Belgique, seul pays doté de trois langues officielles, a opté pour l’expression latine "pactum romanum", tandis que l’Irlande a fait figurer la mention en gaélique. C’est la première fois que tous les pays de la zone euro émettent une pièce de deux euros présentant une même face pour commémorer un événement. Des pièces commémoratives ont déjà été émises par le passé, par exemple en Grèce pour les Jeux Olympiques d’Athènes ou en Espagne pour le 400e anniversaire de la première édition de Don Quichotte. (Belga 22/03/2007)
2, L’euro est le dernier avatar d’importance du projet, démarré en 1985, de construire un grand marché européen. Les conditions d’introduction de l’euro ont privé les Etats membres d’une partie importante de leurs prérogatives en matière de politique économique. Interdits de politique budgétaire et interdits de politique monétaire, les pays européens se sont tous rabattus sur deux choix politiques : baisser la fiscalité, notamment l’impôt des sociétés, et modérer les salaires. Au total, en l’absence d’harmonisation sociale et fiscale et d’un vrai pouvoir économique au niveau européen, l’euro est objectivement devenu un moyen, parmi d’autres, pour renforcer une compétition économique dommageable, pour les travailleurs et pour les citoyens. C’est bien plus grave que les - modestes - hausses de prix "chipées" au passage par quelques commerçants ou cafetiers. (22/03/2007, Institut pour un Développement Durable).
3, "La voix de tous ceux qui ont ratifié la Constitution, et ils sont aujourd’hui les plus nombreux, n’est pas audible. Nous avons voulu rétablir une sorte d’équilibre dans le débat actuel et dans les débats à venir. 18 États membres ont ratifié la Constitution. Cela fait deux tiers des pays de l’Union européenne. On ne peut pas passer par pertes et profits ces votes. En nous réunissant à Madrid, nous voulons envoyer un message positif à tous les pays qui n’ont pas encore ratifié et qui doivent le faire. Si nous respectons les deux pays qui ont dit "non" pour l’instant, la France et les Pays-Bas, tout le monde doit comprendre qu’il faut aussi respecter le choix contraire, à savoir le "oui" de 18 autres États souverains." (déclarations du politicien luxembourgeois Nicolas Schmidt en marge de a réunion informelle des « 18 » à Madrid le 26 janvier 2007, Le Quotidien du 25-01-2007).
1, A propos de la pièce nouvelle, on notera, d’une part, la récupération du traité de Rome par l’euro, et d’autre part, la connotation étonnamment impériale de l’expression « pactum romanum »…
2, Le traité de Rome de 1957 créait somme toute une Europe protectrice, avec la préférence communautaire, et dynamique, avec la suppression des barrières douanières internes. C’est surtout depuis le traité de Maastricht inspiré par l’Etat français, en 1992, que le dérapage s’est produit vers la construction d’un Etat supranational.
3, L’euro, instrument essentiel de cette construction, a été source de dévastation économique - chômage et inflation. Nous avions prévu ces conséquences dès avant 1998. L’adoption de l’euro n’a pas permis à l’Union de faire face au ralentissement économique du début 2001. Les dirigeants européens ont été incapables d’enrayer la glissade du dollar, qui a pénalisé les exportations européennes. Alors qu’au milieu de son mandat, l’Administration Bush laissait filer ses déficits budgétaires, les pays européens se retrouvaient pris à contre-pied, brusquement étranglés par l’étau du pacte de stabilité, et incapables de surcroît, de réformer leur instrument budgétaire fétiche.
4, L’« appel des 18 » est présomptueux: il ne faut pas oublier que dans nombre de pays qui ont ratifié le traité constitutionnel, les citoyens n’ont pas été consultés, le traité ayant été ratifié par simple voie parlementaire. Les études d’opinion montraient souvent l’hostilité des citoyens au traité. Les méthodes utilisées dans le processus de mise en place de l’Etat européen sont toujours les mêmes: ses partisans recourent à un catastrophisme intimidant, s’attribuent des vertus de dynamisme, amalgament l’Europe avec l’Union Européenne…lorsque les électeurs votent contre, on les fait revoter; ou bien on essaie de contourner le verdict des urnes en évitant de les consulter.
5, Le projet de constitution européenne consiste à étatiser la société en organisant un Etat supra-national aux prérogatives régaliennes. Ce Léviathan incontrôlable est non seulement inutile, mais dangereux. En 2005 en France et aux Pays-Bas, les peuples ont intuitivement senti qu’on les emmenait là où ils ne devaient pas aller, et ils ont fait leur choix en conséquence.
Alors que l’euro compte cinq bougies sur son gâteau, les nostalgiques du franc et autres détracteurs de la monnaie unique ont le vent bien calé en poupe. Et, même si la Slovénie devient le premier janvier le treizième Etat membre de la zone euro, le blues a gagné la plupart des participants de l’aventure. Ainsi, entre septembre 2002 et novembre 2006, la perception des avantages de la monnaie unique est tombée de 59 à 48 pc dans l’Union européenne, selon un eurobaromètre. Prenez la France : un récent sondage TNS-Sofres a démontré que 52 pc des Français estiment que l’euro est "une mauvaise chose" pour la France, contre 45 pc en décembre 2003… Et, en Allemagne, 58 pc des personnes interrogées affirment qu’elles reviendraient au mark si elles pouvaient choisir. Plusieurs facteurs permettent de comprendre cette dégringolade de l’enthousiasme européen par rapport à la monnaie unique. "Des craintes ont notamment été exprimées au niveau de l’augmentation des prix", observe Françoise Bernard, responsable "Marchés financiers" chez Fortis. Beaucoup auront eu l’impression qu’avec l’euro, un trou avait été percé dans leur porte-monnaie.(Source :La Libre, 29/12/2006).
Nous avions il y a déjà longtemps annoncé que l’euro était un mauvais projet. Les événements viennent confirmer l’analyse: stagnation et chômage de masse, inflation aggravée, désaffection des opinions publiques… Face à cet état de choses, les partisans de la monnaie unique européenne recourent à deux arguments.
D’une part, l’euro ne porterait qu’une responsabilité apparente dans la hausse des prix; tout serait affaire de psychologie… Mais les Européens ne sont pas dupes. En réalité, l’inflation officielle est sous-estimée. Les prix qui ont le plus augmenté (parce que le contrôle des consommateurs a été rendu plus difficile) sont ceux des articles de consommation courante - ceux qui pèsent le plus dans le panier de la ménagère. Des articles ont été sortis du panel des prix, et les entreprises ont mis fin à la production d’articles parmi les moins chers pour en produire de nouveaux, à des prix nouveaux.
D’autre part, d’après les partisans de l’euro, il serait impossible de revenir en arrière sauf à supporter des coûts et des dommages «extrêmement importants». Ce pseudo-argument qui vise à faire peur avait déjà été utilisé à l’époque du passage à l’euro. En réalité, les banques centrales nationales ont la capacité d’imprimer à nouveau facilement des devises nationales. La transition à un système de monnaies européennes coordonnées, comme l’ancien « serpent monétaire », est faisable, permettrait de gérer les différentiels de compétitivité avec souplesse, et présenterait des avantages encore plus importants que les éventuels inconvénients. La banque centrale européenne en serait garante, et elle serait réformée pour inclure dans ses objectifs statutaires la promotion de la croissance et de l’emploi.
L’euro qui monte, qui monte… quelles conséquences?
En quinze jours, la devise européenne a vu sa valeur gonfler de 4 pc face au dollar. Principale cause de la hausse : l’évolution contrastée des taux d’intérêts aux Etats-Unis et en Europe. Pas d’inquiétude pour l’instant, estime une analyste. Sans lever le petit doigt, le détenteur de fonds monétaires libellés en euros vient de voir ses actifs gonfler de 4 pc en quinze jours. Soit une hausse impressionnante de… 96 pc en glissement annuel ! À condition de se référer au dollar. Car bien qu’elle se soit aussi appréciée face à d’autres monnaies comme le yen, c’est face au billet vert que la devise européenne a enregistré cette progression fulgurante.
Pourquoi l’euro a-t-il bondi aussi fortement contre le dollar ? L’élément de réponse le plus évident réside dans le différentiel des taux d’intérêts entre les Etats-Unis et la zone euro. Alors que la Réserve fédérale américaine (Fed) a marqué une pause dans son cycle de relèvement des taux et pourrait même les abaisser vers mars ou avril 2007, la Banque centrale européenne (BCE) continue, de son côté, à serrer la vis monétaire. Les économistes s’attendent à une hausse du principal taux directeur de la BCE ce jeudi, à 3,5 pc. Et il se pourrait bien que ce ne soit pas la dernière. “Lors de sa précédente réunion , la BCE a laissé la porte ouverte à de nouvelles hausses des taux”, explique Annick Pierard, analyste chez ING. “Selon nos estimations, elle relèvera encore ses taux d’un quart de point, au plus tôt en février. Dans l’état actuel, nous estimons que 3,75 pc sera le taux maximum pour 2007.” Étant donné que, contrairement à la BCE, la Fed devrait quant à elle abaisser ses taux en 2007, les cambistes ont tendance à revoir leurs positions en dollars. Et à privilégier l’euro.(…) Les cambistes gardent aussi un oeil sur l’Asie. Car c’est là que se trouvent concentrés les deux tiers des réserves de change de la planète. “Quand la Banque centrale de Chine dit qu’elle pourrait diversifier ses réserves, il y a inévitablement un effet sur le marché des changes”, souligne Annick Pierard. “L’inquiétude des opérateurs grandit et ils ont tendance à vouloir se couvrir contre une éventuelle baisse du cours du dollar”.
En cas de hausse de l’euro, les entreprises qui exportent hors de la zone euro sont pénalisées, leurs biens et services devenant plus chers à la vente. A cet égard, le niveau actuel de la devise européenne (plus de 1,33 dollar) est-il critique ? “Non”, estime Annick Pierard. “Loin de ne suivre que le cours de l’euro face au dollar, la BCE calcule un taux de change effectif permettant de mesurer la compétitivité des entreprises européennes. Le niveau de ce taux n’est pas encore préoccupant” .Il n’y aurait donc pas de quoi s’inquiéter pour la compétitivité européenne dans l’état actuel des choses. (Source: La Libre Belgique 05/12/2006).
Ce type de fausse bonne nouvelle a de quoi préoccuper, tant quant à la qualité de l’information journalistique qu’à celle de l’analyse économique.
L’économie de l’eurozone est exsangue. Il suffit de regarder autour de soi pour apercevoir l’apathie générale, le développement de la pauvreté, de la précarité, la faiblesse de la croissance, la permanence du chômage, la difficulté de vivre. La BCE suit une logique purement monétariste héritée de son histoire, et qui était celle de la Bundesbank avant elle; mais la Bundesbank opérait elle-même dans un contexte allemand d’économie sociale de marché qui n’est pas le contexte européen. A cet égard, la montée de l’euro n’est pas une bonne nouvelle. Que des spéculateurs boursiers ou commerciaux en profitent ponctuellement ou systématiquement est possible; c’est là leur affaire et non celle de la majorité. L’euro n’est pas “fort” parce qu’il est soutenu par une économie forte. Il monte parce qu’une économie exsangue génère moins d’inflation apparente, importe moins; parce que les coupes dans l’emploi et les salaires favorisent à court terme les profits financiers.
Il faut aussi remarquer que si l’euro progresse, c’est principalement et depuis le début, par rapport au dollar américain. Pourquoi? Tout porte à croire que le gouvernement américain a choisi de laisser filer le dollar pour faire financer ses gigantesques déficits par l’étranger, et singulièrement par l’Union Européenne, afin de poursuivre sa politique d’expansion et de soutien à l’économie, y compris l’économie militaire.
Nos “intelligents” dirigeants européens auraient-ils été pris au piège de leur ambition impériale? Ils pensent sans doute faire reposer sur la majorité des Européens les conséquences de leur politique…